Select Page

Interview avec Tugrul Atamer

Interview de Tugrul Atamer, Vice-Président emlyon business school, par Matt Symonds

Après la publication du compte-rendu d’une récente réunion du Conseil consultatif international, j’ai rencontré Tugrul Atamer, Vice-Président emlyon business school, pour discuter de la stratégie d’expansion mondiale de l’école grâce à leurs campus en France, en Chine, au Maroc et bientôt en Inde.

emlyon business school s’est significativement déployée à l’international ces cinq dernières années avec des campus implantés au Maroc, en Chine et en Inde. Pourriez-vous nous dire pourquoi l’école a choisi ces marchés pour proposer une gamme de licences et de masters ?

Il s’agit d’un changement radical de notre stratégie d’internationalisation plus que d’une simple diversification. Nous n’avions auparavant qu’un campus à Lyon et une plateforme en Chine qui accueillait nos étudiants du Programme Grande Ecole pour un semestre. Cette présence à Shanghai leur permet de découvrir la culture d’entreprenariat en Asie, de recruter des étudiants pour d’autres cursus d’emlyon business school et de renforcer nos liens avec nos anciens élèves d’Asie.

Dans notre plan stratégique monté en 2014, après avoir visé l’internationalisation, nous avons souhaité mondialiser emlyon business school. Notre but était et reste de tirer parti d’un réseau de campus sur différents continents. D’abord, nous avions la France, qui permet de recruter des étudiants venus d’horizons divers et de leur offrir une plus grande mobilité en leur permettant de débuter leurs études sur des campus régionaux, avec différentes formations proposés sur chaque campus.

Grâce à cela, l’école dispose de cursus reconnus nationalement et internationalement.

{

Il est crucial d’avoir une implantation locale afin que le gouvernement du pays où se trouve le campus reconnaisse nos formations, tandis que l’implantation internationale nous permet d’attirer les meilleurs étudiants du monde.

En 2019, donc, emlyon business school est une école de commerce bénéficiant de campus à Ecully, Saint-Etienne, Shanghai, Casablanca, Paris – et bientôt en Inde.

Nous sommes passés d’une école monocampus à une école de commerce mondialisée à cinq campus. C’est un changement radical de notre présence mondiale qui vient renforcer notre détermination à faire la différence sur ces marchés où l’éducation, et en particulier l’éducation supérieure, est de la plus haute importance pour les jeunes du pays.

 

Comment cette stratégie de mondialisation modifie-t-elle l’offre de formation d’emlyon business school ?

Notre but n’est pas de proposer une seule gamme mais de déployer une gamme équivalente de cursus sur chaque territoire. Cela veut dire proposer des formations diplômantes et non-diplômantes dès le début des études supérieures ou professionnalisantes. Nous avons à coeur de maintenir nos critères de sélectivité et notre emphase sur la qualité au sein des cinq campus tout en nous assurant d’adapter le contenu de nos formations et nos méthodes d’enseignement là où c’est nécessaire.

Grâce à cette approche, nous créons une communauté emlyon business school encore renforcée par nos partenariats avec des entreprises. Ces sociétés peuvent être européennes et posséder des filiales dans ces territoires ou peuvent être des entreprises locales qui ont des ambitions internationales.

Si nous tenons à être présents au niveau local, c’est pour monter des partenariats avec des entrepreneurs et des sociétés, développer des recherches avec eux, pouvoir proposer aux étudiants des projets et ou des stages avec eux et pouvoir proposer à ces entreprises des cursus de formation continue.

Dans chaque pays, nous avons de nombreux partenariats ainsi que d’excellentes relations avec tous nos anciens élèves qui y vivent.

Pour ce qui est de l’offre de formation, voilà notre stratégie de mondialisation :

  • Offrir des cursus qui ont déjà du succès, comme le BBA et l’EMBA, sur les campus de l’étranger et en faire des cursus mondialisés
  • Développer une offre de formation spécifique à chaque campus, comme le DBA en Chine ou le programme de formation continue pour l’industrie du sport. Dans la mesure du possible, nous souhaiterions étendre ce cursus à d’autres campus grâce à un programme d’éducation inter-campus
  • Offrir des cursus mondialisés qui amèneront les élèves à étudier sur plusieurs campus, comme c’est déjà le cas du MSc in Luxury Management & Marketing ou du MSc in Sports Industry Management.

Nous cherchons à encourager l’autonomie de chaque campus tout en les organisant au sein d’un réseau interdépendant.

Depuis le début, nous bâtissons nos campus dans les régions émergentes afin d’y développer nos programmes. Différentes projections prévoient que s’il y a actuellement 200 millions d’étudiants à travers le monde, ce chiffre pourrait augmenter de 80 à 100 millions d’ici 2030. Et sur ces 100 millions supplémentaires, 80% vivront dans les marchés émergents, là où les besoins éducatifs sont critiques pour la croissance. Cela signifie que la demande d’éducation supérieure va augmenter d’environ 50%, et la plupart de ces étudiants futurs sont déjà aujourd’hui en formation.

Notre stratégie consiste donc à apporter l’éducation de qualité d’emlyon business school aux plus grands des pays émergents. La Chine est venue d’abord, en particulier Shanghai, puisqu’il s’agit d’une plaque tournante pour tout l’Asie du sud-est. Le Maroc ensuite, puisque c’est le pivot sub-saharien et un centre de francophonie en Afrique. Nous voulons que notre présence à l’étranger s’étende à plus d’un seul pays. Et si l’Inde est une plaque tournante pour une énorme population d’anglophones, c’est également un point de contact pour l’Afrique de l’est qui est également anglophone.

Notre stratégie requiert quatre zones géographiques, en plus de la France : l’Asie de l’est, l’Afrique francophone, Indo-Afrique (Inde, Afrique de l’est et Moyen-Orient), et l’Amérique latine est à suivre. Avec ce développement mondial, nous pourrons non seulement recruter des étudiants pour nos campus locaux mais également développer des cursus et des semestres ou même des study tours pour les étudiants de tous nos campus. C’est le plan dans son ensemble.

Nous avons déjà accompli beaucoup de choses et l’Inde est dans les tuyaux. La prochaine étape, c’est l’Amérique du sud, qui mettra le point d’orgue à notre ambitieuse stratégie.

emlyon business school, campus Casablanca

Comment les remous politiques dans certains pays d’Amérique du sud comme le Brésil ou le Venezuela affectent-ils cette stratégie ?

Il est encore trop tôt pour l’Amérique du sud. C’est une stratégie à long terme alors que les climats politiques peuvent changer à court terme ; notre projet ne se préoccupe donc pas des événements actuels. Le Brésil est le plus grand pays du continent et un bon point central pour l’Amérique latine mais on y parle portugais alors qu’une grande partie du continent est hispanophone. Des endroits comme la Colombie, le Mexique, l’Argentine ou le Chili peuvent être plus attractifs. Dans les six mois à venir, nous explorerons beaucoup de ces pays pour voir où nous pourrons monter le plus de partenariats, avec des acteurs motivés. Nous travaillons déjà avec des anciens élèves qui vivent là-bas et avons déjà envisagé des partenariats qui pourraient être très fructueux.

Notre dernière réunion stratégique analysera les prochaines étapes et les options possibles. Tout dépendra du pays où nous pourrons trouver des partenaires prêts à monter une école avec emlyon business school. Il faudra que ce soit un pays émergent à forte croissance, où il y a également un clair besoin de formation continue. Nous sommes prêts à nous installer dans un pays émergent, à y investir. Nous devrons aussi mettre en adéquation ce gros investissement financier et l’aide que nous pourrions apporter à la croissance du pays.

Le marché indien possède déjà un nombre considérable d’institutions de management et d’écoles de commerce. Qu’est-ce qui fait la spécificité de cette nouvelle offre, Xavier Université, sur ce marché saturé ?

Aujourd’hui, l’Inde représente le 3e plus gros marché étudiant au monde – et en 2040, elle sera première. Dans 5 ans, il y aura 10 millions d’étudiants de plus en Inde. Il y a donc un fort potentiel de croissance là-bas.

Ce pays a traditionnellement accueilli un très grand nombre d’expatriés très mobiles venus des USA et du Royaume-Uni. Cependant, le climat géopolitique actuel de ces deux pays y est devenu de plus en plus problématique, au point que l’Europe et la France sont devenues de bonnes alternatives.

Les cursus de formation en commerce sont de plus en plus jugés sur leur qualité, non leur quantité. De plus en plus de membres de la diaspora indienne ayant vécu au Royaume-Uni, en Europe, en Afrique et en Asie du sud-est retournent en Inde pour y multiplier les opportunités et apporter leur pierre à l’édifice, et ceci inclut des étudiants qui retournent y étudier.

Et en commerce, il y a maintenant une attente pour développer davantage les qualités humaines et les expériences internationales – des aspects qu’une grande partie des écoles indiennes ne proposent pas. L’Inde doit améliorer le sort de ses nombreux foyers à faibles revenus pour les amener vers la classe moyenne typique d’un marché émergent. Elle vit ce qu’à vécu la Chine il y a 20 ans et va de plus en plus devenir un acteur économique majeur dans le monde.

Les qualités humaines, les capacités entrepreneuriales et l’expertise en mondialisation y sont rares et de nombreux cursus ne proposent pas d’expérience pratique. emlyon business school a développé une offre de formation prestigieuse en Inde car notre pédagogie basée sur les cas concrets, nos locaux et l’opportunité d’étudier à l’international intéressent les étudiants du pays.

Une fois nos cursus développés au sein de Xavier University, nos étudiants pourront étudier en Inde mais aussi profiter des possibilités d’immersion dans nos autres campus d’Europe, d’Afrique et de Chine. Les Indiens comprennent le potentiel de ces options et souhaitent sortir diplômés de notre école en sachant parler au moins deux langues, l’anglais et le français. Leurs expériences internationales et leurs capacités linguistiques leur permettront de communiquer avec 2 milliards de personnes dans le monde. D’ici 2050, juste en Afrique, ils pourront communiquer avec 400 millions de personnes. Alors, l’Afrique francophone est un grand point d’intérêt pour ces étudiants.

emlyon business school a su se différencier pour occuper un marché de niche en Inde. Mais malgré ce marché de niche, les possibilités considérables de croissance sont là et pourraient attirer des milliers d’étudiants.

XAVIER-EMLYON Business School, India

Quels bénéfices les étudiants en Global BBA à emlyon business school retirent-ils de la présence de campus sur trois continents ?

Chaque campus est une opportunité énorme pour les étudiants. En troisième année, le module international obligatoire  peut se faire auprès de nombreux partenaires – nous avons environ 180 partenaires dans 50 pays différents.

Nos étudiants ont aussi la possibilité de passer un semestre, voire toute une année, sur un de nos campus à l’étranger. Par exemple, les étudiants de deuxième année de Paris et St-Etienne vont à Shanghai pour un semestre ou un an sur le campus Asie d’emlyon business school C’est une occasion unique pour eux de s’immerger dans la culture chinoise et de fréquenter des étudiants du campus Asie. Ils choisissent ce cursus car il est véritablement mondial – les professeurs y sont non seulement des expatriés venus de France et d’ailleurs mais également des professeurs chinois locaux.

{

Avec ces campus multiples, nous pouvons mélanger nos étudiants, les faire voyager d’un endroit à un autre.

Et ce n’est que le début : à chaque instant, environ 30% de nos étudiants sont en mobilité internationale, dont un tiers sont en stage en entreprise. Ce qui attire le plus dans nos programmes internationaux comme le Global BBA, c’est la promesse de mobilité.

Chaque campus offrira globalement les mêmes modules, avec environ 30% des apprentissages qui seront spécifiques au pays d’implantation. Pour ceux qui souhaitent en apprendre plus sur l’innovation sociale et frugale, il vaudra mieux passer du temps en Inde ou au Maroc. De plus, certains endroits mettent l’accent sur une matière précise : Shanghai, par exemple, est très adapté au marché du luxe, Casablanca, à l’entreprenariat social et solidaire, et Paris comme bientôt Hyderabad se focalisent sur le marketing numérique.

En Executive MBA, nous faisons aussi de la mobilité inter-campus. Il est très facile d’organiser des interactions entre étudiants de ce MBA venus de différents pays puisque cette formation est proposée dans tous les pays. Les élèves en apprennent énormément lors de leurs voyages d’études, des autres élèves mais aussi des sociétés, des entrepreneurs et des incubateurs qu’ils visitent.

 

emlyon business school possède une culture reconnue d’apprentissage très orienté vers la technologie et l’entreprenariat. Comment cette stratégie internationale crée-t-elle une génération internationale d’early makers ?

Sur chaque campus, nos locaux sont orientés vers les projets. Chacun a son Maker’s Lab, ses Learning Labs et son Learning Hub, facilitant notre pédagogie distinctive visant à créer des early makers.  Chacun a également ses incubateurs pour accueillir les projets de création d’entreprise.

De plus en plus, les campus d’emlyon business school vont s’insérer dans un réseau numérique global. Chaque étudiant peut profiter des autres campus à l’aide d’appareils numériques. Il n’est plus très difficile de les relier à des experts mondiaux afin d’intensifier leurs interactions, grâce aux solutions technologiques comme la présence virtuelle qui permet de regrouper les gens pour des projets opérationnels et des apprentissages par projet.

À l’avenir, grâce à ces interactions internationales, les étudiants seront capables d’analyser un problème et d’y apporter des solutions issues de différentes perspectives culturelles. Cela les aidera à comprendre la vision chinoise d’un projet afin de faire monter en puissance leur entreprise au lieu de n’en comprendre que la vision marocaine ou française. Il est crucial de connaître et d’appliquer des perspectives différentes et de créer une relation positive avec d’autres cultures.

L’Afrique est au milieu d’un grand bouleversement, l’Asie aussi. Il ne s’agit pas du même changement et les élèves doivent avoir les connaissances nécessaires pour les distinguer. Cet apprentissage cognitif les aidera énormément dans le commerce, et favorise les early makers créatifs et disruptifs.

{

L’Afrique est au milieu d’un grand bouleversement, l’Asie aussi.

Il ne s’agit pas du même changement et les élèves doivent avoir les connaissances nécessaires pour les distinguer. Cet apprentissage cognitif les aidera énormément dans le commerce, et favorise les early makers créatifs et disruptifs.

 

emlyon business school et HEC Montréal sont partenaires depuis de nombreuses années et ont récemment confirmé la création d’un double diplôme pour les étudiants des deux écoles. Pouvez-vous nous en dire plus sur l’importance et la valeur de cette relation ?

L’accord de double diplôme permettra aux étudiants en BBA de HEC Montréal d’intégrer le MSc en management à emlyon business school pour deux ans. De la même façon, il permettra aux élèves du Programme Grande Ecole d’emlyon business school de faire leur dernière année d’étude à HEC Montréal et d’obtenir un double diplôme, un de chaque établissement.

Les étudiants en deuxième année de MSc chez nous  pourront aller à Montréal pour un master spécialisé et obtenir un diplôme emlyon business school et de HEC Montréal en même temps.

De plus, nous avons une plateforme numérique commune et échangeons de nombreux projets issus de nos incubateurs, notamment en technologies de l’éducation et en IA. Et encore plus crucial, HEC Montréal nous fournit des locaux où une équipe d’emlyon business school pourra travailler à notre stratégie pour l’Amérique du nord. Elle gérera les relations avec nos partenaires nord-américains et créeront des study tours de la région pour les étudiants de tous nos campus.

Voilà l’essentiel de notre partenariat avec HEC Montréal. Cette ville est une excellente base pour nous qui nous permet d’accéder à toute l’Amérique du nord, où nous espérons renforcer notre présence en même temps que nous développerons nos projets pour l’Amérique latine.

Dans quelle direction souhaiteriez-vous qu’emlyon business school se dirige pour les 5 ans à venir ?

Nous voulons prolonger cet élan très positif et pensons réellement que l’école peut avoir un très net impact positif sur le développement de régions du monde où l’éducation supérieure sera cruciale.

Notre prochaine étape est de nous implanter en Amérique latine en y construisant un campus dans les prochaines années. C’est tout à fait dans l’esprit de notre stratégie de mondialisation. Nous aimerions également consolider nos campus d’Afrique et d’Asie et tirer pleinement parti du potentiel extraordinaire de notre partenariat avec Xavier University en Inde.